Bulletin du dimanche 2 août 2026

Il est vrai qu’il y a quelques décennies, manquer la messe était " un péché mortel ". Heureusement nous ne sommes plus dans ce type de discours rude, légaliste, desséchant et surtout antiévangélique. Aujourd’hui, nous participons à l’eucharistie qu’elle soit dominicale ou quotidienne parce qu’une faim de Dieu s’est éveillée en nous, à l’image de cette foule dans l’évangile. Elle avait faim et soif de Dieu au point qu’ils étaient, semble-t-il, prêts à sauter un repas pour rester auprès de Jésus.

Désirer être nourri par Dieu exige le vif réveil de notre foi. Avoir faim de Dieu c’est alors dépasser le réel de la vie, c’est-à-dire le travail, les soucis, les loisirs, pour vivre le réel de Dieu. Ces deux réels ne sont pas contradictoires, mais constitutifs de ce que nous sommes. En tant que croyants, nous avons besoin des deux. Sans Dieu, le réel de la vie peut parfois nous sembler fade, pauvre, voire même lourd. Envahie par Dieu par contre, c’est notre vie elle-même qui éclate, s’épanouit. Le réel de la vie s’impose à nous. Le réel de Dieu a constamment besoin d’être appelé par notre foi. C’est elle qui nous donne faim de Dieu. Par-là, nous serons transfigurés puisque Dieu donne ce goût à notre vie. Une fois pleins de Dieu, nous sommes envoyés vers l’autre. Mais, parfois, nous tentons de nous en dérober. Comme les apôtres, les bons conseils ne manquent pas! Dans cet épisode de la vie de Jésus, les disciples ne manquent pas de lui en prodiguer : l’endroit est désert, il se fait tard, renvoie la foule, qu’ils aillent dans les villages, qu’avons-nous ici pour eux... Jésus, lui, entend le cri de la foule. Quand elle demande du pain, il sait qu’elle a une autre faim, celle d’un amour fidèle à donner et à recevoir. Et Jésus donne à la foule le pain de sa parole, celui qui comble toutes les faims. Quand tout le monde est rassasié, il en reste 12 corbeilles, c’est-à-dire de quoi nourrir les 12 tribus d’Israël, tout le peuple de l’Église et même le monde entier. C’est le sens du chiffre 5000 chez Matthieu.

Nous sommes au désert. Là où les frontières tombent et les barrières s’estompent. Le désert est la terre des fiançailles du peuple d’Israël avec son Dieu. La foule a faim. Selon Isaïe, avoir faim c’est désirer être à l’écoute de la Parole de Dieu. Les gens sont assis. Jésus est debout. Il lève les yeux, bénit le pain, le rompt et le donne comme à la dernière cène. Le pain est le symbole de la nourriture au sens large, mais celui aussi de la présence de Dieu parmi nous, de sa parole. Le poisson est l’image du chrétien et du Christ. La foule de 5000, celle de la nouvelle communauté messianique, du rassemblement du monde sauvé. Elle est un présage d’universalité.

Dans les déserts de nos temps présents, les foules affamées ne manquent pas : peuples de la faim, victimes des guerres, couples en difficulté, enfants exploités, jeunes sans repères, vieillards sans présence affective. Et devant tant de misères accumulées, ne pensons-nous pas comme les apôtres : « qu’ils aillent chercher ailleurs... Ce n’est pas notre rôle... Et nous nous barricadons derrière notre impuissance pour ne plus voir, ne pas avoir mal, ne pas agir. Mais retisser, là où nous sommes des réseaux naturels de solidarité, c’est comprendre qu’il ne suffit pas de bien prier et de bien communier, mais qu’il s’agit de payer de sa personne et cela d’autant plus que nous sommes mieux au courant des manques de tout de nos frères en humanité. C’est comprendre que chaque fois qu’il y a partage, par-delà nos prudences et nos principes, Dieu est là, et un Dieu comme ils en redemandent! Votre pasteur, l’abbé Pascal