Bulletin du dimanche 14 juin 2026

allez vers les autres. À entendre cet évangile, l’on croirait presque un extrait d’un journal parlé d’aujourd’hui : tant de gens sont désemparés, les foules sont perplexes sur les possibilités d’emploi, les gens sont fatigués de se battre pour vivre, respirer mieux, manger à sa faim, de chercher un endroit où vivre en paix. Tableaux et images de foules qui ne savent parfois plus à quel saint se vouer; réaction aussi fréquente de notre part d’une espèce d’impuissance à rectifier ces situations devant lesquelles souvent, nous restons assis.

Rien de nouveau sous le soleil, me dira-t-on! Eh bien, si! Jésus est arrivé ; son attitude est nouvelle : il est d’abord pris aux entrailles ; ce n’est pas simplement de la pitié (mauvaise traduction pour la façon dont nous comprenons aujourd’hui ce mot). En fait, il ressent cette désespérance dans ses tripes, dirions-nous familièrement. Elle devient sienne, il en souffre comme ces foules.

Il est ému et en même temps mû par ce type de compassion qui fait qu’on ne se contente pas de paroles lénifiantes, mais qu’on fait quelque chose, qu’on bouge en se mettant à côté de ceux qui souffrent : Jésus s’émeut et il se meut. Pas d’analyse théorique, mais il réagit avec son cœur qui le pousse à agir. Cette situation le provoque et lui rappelle que sa mission est de redonner vie à l’humanité, qu’elle devienne heureuse de vivre et d’aimer : c’est cela le salut.

Tâche immense qu’il ne peut accomplir seul, ni d’une manière uniforme ni en un tour de main : la moisson demande tellement de bras et il y a aussi l’urgence, car les gens désemparés sont mûrs pour la moisson, pour accueillir un message d’espérance, c’est le moment. Il confie donc cette tâche à une douzaine de ses nombreux disciples : petit noyau de démarrage de la grande aventure d’annonce concrète du règne de Dieu.

Premier noyau dis-je car, en fait, nous sommes tous ENVOYÉS (premier sens du mot apôtre), tous parce que baptisés et ayant ainsi pris sur nous la mission, nous sommes aussi ouvriers et prédicateurs de ce salut, nous y prenons notre part. Car si Jésus leur dit de ne pas aller chez les Samaritains, ni les païens, mais d’abord aux brebis perdues d’Israël, aux endormis de son peuple, ce n’est qu’une étape préliminaire et à l’Ascension il confirmera bien d’aller chez tous les peuples, à partir de Jérusalem, puis de Samarie jusqu’aux confins de la terre.

Réaliser les signes du Royaume, qu’est-ce à dire? La mission, nous dit Jésus, c’est de mettre la main à la pâte et de réaliser ce qu’il a donné comme signes de ce Royaume, devenu proche, mais pas encore réalisé. Il ne s’agit pas d’abord de parler, de faire la morale, mais de libérer chacun des peurs, des fatigues de la route et de la vie, de guérir des angoisses, de conforter chacun dans ses capacités et dans son espérance pour qu’ensemble nous travaillions à guérir le monde. Jésus lui-même s’est présenté comme un médecin venu d’abord pour les malades. Comme pour tout bon médecin, il ne s’agit pas de guérir des symptômes, mais de guérir des causes de maladie, du mal-être et de la désespérance, d’aller à la racine du mal. Et c’est en ce sens qu’on peut aussi parler des démons personnels ou collectifs à expulser. Ces démons de l’avarice, de l’égoïsme, de la vengeance qui font souffrir et excluent les autres. Votre pasteur, l’abbé Pascal