Bulletin du dimanche 26 avril 2026
Un jour, j’allais dire une messe dans une résidence et une personne est venue me voir pour me dire qu’elle se sent toujours insultée quand on nous compare à des moutons. Dans les temps modernes que nous vivons, appeler des gens des moutons serait comme une insulte. Ce serait les comparer à des moutons de Panurge qui ne font que suivre, alors que nous, nous insistons beaucoup sur notre liberté et notre indépendance.
Mais est-il si sûr que nous sommes devenus adultes, que nous ne sommes plus des "moutons de Panurge"? Voyez comment un slogan publicitaire peut susciter un incroyable engouement parmi la foule, comment les jeunes, tout en clamant leur indépendance, sont avides de porter les mêmes "marques"! Avec quelle facilité on nous convainc qu’"il faut" avoir assisté à tel spectacle, avoir vu telle émission ou porter tel vêtement à la mode. Que se dresse une idole : les adorateurs s’agglutinent, fascinés. Qu’un tribun ou un homme politique fasse un discours enflammant ou nationaliste, les peuples foncent au massacre.
Jésus commence par mettre en garde ses disciples contre ces manipulateurs, ces leaders : ce sont, dit-il, "des voleurs et des brigands". Derrière leurs belles apparences et leurs déclarations fracassantes se cachent leurs ambitions, leur désir d’enrichissement et de gloriole. Sans vergogne, ils recourent à la violence, ils lancent leurs adeptes à la tuerie. Tout à l’opposé de ces méthodes diaboliques, Jésus expose son propre comportement.
"CELUI QUI ENTRE PAR LA PORTE DE LA BERGERIE, IL EST LE PASTEUR DES BREBIS. LE PORTIER LUI OUVRE, ET LES BREBIS ÉCOUTENT SA VOIX"
Jésus ne vient pas vers nous par des voies détournées, des chemins de ruse et de mensonge. Il se présente à l’humanité par la porte de l’humanité, sans recourir à des procédés magiques, à des bizarreries ésotériques. Chez lui, tout est clair, simple, évident. Il est la vie, le chemin et la vérité.
Jésus parle — c’est-à-dire qu’il recourt au seul moyen qui respecte notre liberté. Il fait entendre son Évangile, à tous, il adresse la Bonne Nouvelle. Il ne crie ni ne menace. Avec patience, il explique sans imposer de conditions préalables, il répète sans rejeter personne. Il ne s’étonne pas de ne pas faire l’unanimité, mas il ne consent aucun rabais sur ses exigences dans le dessein de s’attirer davantage de disciples. Notre première et fondamentale attitude est donc d’écouter, de distinguer cette voix unique de toutes les autres.
Il faut ne rien comprendre à l’Église pour la juger comme une caserne où tout le monde marche au même pas et obéit au moindre coup de sifflet des autorités. L’Évangile est unique, mais la voix du Christ se module selon chaque personne. Elle ne crée pas des clones, mais au contraire, elle éveille chacun à sa propre vocation.
Il suffit de voir l’admirable et infinie diversité des vies de Saint(e)s : saint Paul voyage sans arrêt et sainte Thérèse de Lisieux s’enferme dans un couvent; Damien part chez les lépreux du Pacifique et le curé d’Ars demeure avec les paysans de son village. Parents, ouvriers, chefs d’entreprise, éducateurs, commerçants, employés, ministres, écrivains, enfants... : chaque chrétien peut écouter le même Christ et le suivre sur sa propre voie, à son propre rythme, en utilisant ses talents personnels. L’Évangile rend l’homme à lui-même, l’épanouit dans sa propre ligne. Votre pasteur, l’abbé Pascal