Bulletin du dimanche 17 mai 2026

Je me souviens de cette histoire d'un jeune adolescent qui ne voulait pas étudier. Il décide d’aller cueillir des fruits en Colombie- Britannique. Comme il n’avait pas de billet, il est allé sur le pouce. À mi-chemin, personne ne voulait le prendre. Il appelle sa mère qui lui envoie de l’argent pour le billet. Arrivé en Colombie-Britannique, oui il était libre, mais plus le temps passait, plus il se sentait seul et s’ennuyait de sa famille. Ce temps d’absence de la famille lui a montré son importance. Il a redécouvert l'importance de ses parents dans sa vie. Nous aussi, l'Ascension du Seigneur nous ramène à cette séparation qui nous amène à grandir, à sortir de nos peurs, à devenir des témoins de l'Évangile.

Jésus nous a quittés, c’est vrai. Mais parfois l’absence crée une plus grande présence qu’avant. Quelqu’un peut être plus présent dans son absence que par sa présence. Dans notre foi chrétienne, c’est l’absence-présence d’un être chéri, le Seigneur Jésus, qui est le centre de notre vie. Le christianisme, ce n’est pas un Évangile des valeurs que d’ailleurs on peut toujours interpréter comme on veut, c’est l’Évangile d’une personne, Jésus-Christ. Le fait qu’il nous a quittés, il nous envoie dans le monde à sa place. L’Ascension est une invitation à une foi adulte : c’est à nous maintenant. Mais pas sans cette intimité du coeur, là où réside désormais Jésus. Personne ne peut vivre sans une présence intérieure et intime dans son coeur. C’est justement ça, la vie adulte : vivre en relation, et par-delà, trouver le contact avec son coeur, dans la vie et avec les autres. Cela vaut également pour notre vie chrétienne : sans cette présence intérieure de Jésus, nous ne serons pas des adultes dans la foi, qui écoutent la voix de Jésus, mais plutôt des adolescents à l’âge de la puberté qui font ce qu’ils veulent. On le voit très bien : sans le Christ, même le meilleur chrétien risque de devenir un redresseur de torts, amer et intolérant. Et sans la personne de Jésus, l’Église devient quelque chose d’insupportable, source de conflits en d’éternelles spéculations.

Plus que jamais, nous avons besoin de cette présence de Jésus au plus profond de nous-mêmes, au coeur de l’Église. C’est pour cette raison que Jésus nous a quittés : quand Il était sur terre, Il ne pouvait pas assurer sa présence là où se réunissent tous les chrétiens. Dans sa résurrection, son corps a pris des mesures cosmiques, et sa présence est devenue quelque chose d’intérieur dans le don de son Esprit. Dimanche passé, il nous disait qu'il ne nous laisse pas orphelins, qu'il va nous donner son Esprit.

Qui d’entre nous peut donner son esprit aux autres? Même dans la plus belle relation entre homme et femme, entre maman et enfant, cela est strictement impossible. Accepter cette solitude métaphysique, cela nous rend adultes et capables de relations saines et adultes. C’est ça aussi la fête de l’Ascension : Jésus est retourné à la maison de son Père, mais son absence pour nous signifie pour lui : son bonheur le plus parfait. Raison de joie pour nous, adultes dans la foi!

En même temps, son absence est présence, moteur de recherche, vision et force de l’avenir. Même à la droite du Père, il demeure parmi nous : son corps devient Église, son Esprit devient l’âme de nos assemblées, l’amour commun pour lui devient source d’unité.

Il ne nous reste qu’à prier pour que son Esprit descende en nos coeurs, pour qu’il achève son oeuvre de création nouvelle en nous, pour que nous devenions des hommes nouveaux que ce monde attend. Bonne et sainte fête de l’Ascension Votre pasteur, l’abbé Pascal