Bulletin du dimanche 25 octobre 2026

Au temps de Jésus, voilà six siècles qu’Israël a perdu son indépendance et qu’il est occupé par des puissances impériales : Babylone puis les Perses puis les Grecs puis les Romains. Comme beaucoup cèdent à la séduction des mœurs païennes, en réaction est né le mouvement pharisien qui tente de sauver la foi en rappelant les prescriptions de la Loi, mais en ajoutant sans cesse des observances. Les rabbins sont arrivés à dénombrer 613 préceptes qu’il faut suivre méticuleusement afin d’éviter l’assimilation au paganisme. Intention louable… mais finalement devant cet amas d’observances, une question aiguë se posait: Qu’est-ce qui importe le plus? Qu’est-ce qui est essentiel et qui est accessoire? La circoncision? Le sabbat? Les jeûnes? Les fêtes? D’où la démarche d’un groupe de rabbins qui viennent tester Jésus.

Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement? Jésus lui répond: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. » Et voici le second qui lui est semblable : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Tout ce qu’il y a dans l’Écriture (la Loi et les Prophètes) dépend de ces deux commandements. Avec cela, tu ne pourras plus te contenter de te mettre en règle sur un minimum, d’offrir à Dieu quelques menus sacrifices et des petites prières furtives : on ne peut renvoyer Dieu aux franges de l’existence et l’amour ne peut se limiter à des miettes. L’amour est total ou n’est pas. Tu aimeras Dieu : « de tout ton cœur » : dans la bible, le cœur ne désigne pas l’affectivité, le sentiment, mais le centre de la personne, de sa volonté, de ses projets, de ses décisions. La foi n’est pas un battement de cœur sentimental.

« de toute ton âme » : en hébreu, le mot désigne « la vie ». Le grand rabbin Aquiba, au moment de mourir martyr, disait : « Enfin, je vais pouvoir aimer Dieu en lui donnant mon âme, ma vie » et « de tout ton esprit » : (le Deutéronome disait « tout ton pouvoir » = tes biens, tes capacités). L’amour n’est pas irrationnel, vague, aléatoire : la foi est intelligente, claire, décidée. On sait pourquoi on croit et on vit en conséquence. Donc l’insistance est sur « TOUT » : le sens de la vie humaine est de se donner intégralement à Dieu. Tandis que l’idolâtrie émiette et disperse, l’amour du Dieu UN rassemble les facultés, focalise les désirs. Cet amour unifie l’homme et donc il l’équilibre. « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux). « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » : du livre du Lévitique (19, 18).

Cela sous-entend que l’homme doit s’aimer lui-même – ce qui, contrairement à ce qu’on pense, ne va pas de soi, mais qui est possible à partir du moment où l’homme se sent aimé, libéré par Dieu de son égoïsme et de sa détresse. Animé par cette source d’amour ouverte au creux de son être, l’homme est appelé à aimer son prochain, à agir à son endroit comme Dieu a agi envers lui. « Aimez-vous les uns les autres ».

Votre pasteur, l’abbé Pascal