Bulletin du dimanche 18 octobre 2026

Frères et sœurs,

Peut-être vous est-il arrivé de vivre ces situations où quelqu’un utilise vis-à-vis de vous la manière de faire des pharisiens envers Jésus. Vous savez ce ton mielleux, doucereux, flatteur qui vous pare de toutes les qualités et de toutes les compétences. Au fur et à mesure que se déroule le propos, vous vous dites que votre interlocuteur est quand même un peu trop gentil pour être honnête, vous voyez peu à peu le piège plus ou moins grossier se préciser, la question embarrassante tomber comme si de rien n’était, et vous vous demandez intérieurement comment vous allez vous en sortir.

Eh bien, Jésus, lui, n’essaye pas de préserver les apparences. Il faut dire que les pharisiens et la bande à Hérode ne ratent pas une occasion de vouloir prendre Jésus au piège – les textes évangéliques que nous avons entendus à la messe ces derniers jours sont là pour en témoigner. Et cette fois-ci, avouons-le, le piège est plutôt bien tendu : s’il répond qu’il faut payer l’impôt à César, alors Jésus va passer pour une sorte de collaborateur de l’occupant. Et s’il répond qu’il ne faut pas le faire, il y aura toujours quelqu’un, peut-être ces pharisiens eux-mêmes, pour aller le rapporter aux Romains.

Plaçons-nous un peu dans le contexte historique. Cette controverse porte sur un point ultra-sensible qui touche à la foi et à l’honneur d’Israël. Cela fait un peu plus de 90 ans que les Romains occupent le pays. Des païens incirconcis, idolâtres, mangeurs de cochonnailles foulent la Terre Sainte, méprisent le peuple élu, l’exploitent, le volent et lui imposent le versement du « tribut à l’empereur » : quelle honte intolérable, quelle souffrance !

Les résistants juifs (zélotes) refusent de payer cette marque infamante de sujétion mais la répression romaine est terrible : viols, villages incendiés, hommes crucifiés. La majorité de la population, apeurée, cède et obéit. Mais la question reste débattue.

Jésus leur demande de lui montrer la monnaie : « Montrez-moi la monnaie de l’impôt. Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? – De l’empereur César », répondent les pharisiens. La pièce de monnaie renvoie à une image, celle de l’empereur romain tout-puissant, qui exerce sa souveraineté en maître absolu, ayant le droit de vie ou de mort sur tous les peuples qu’il tient en son pouvoir. Pire encore, l’empereur lui-même s’arroge une identité quasi divine, se faisant l’égal d’un dieu. Mais ce dieu que prétend être l’empereur, est-il à l’image du Dieu de Jésus Christ ? A qui renvoie l’image de Dieu ? Qui est à l’image de Dieu ? L’homme et la femme bien sûr ! Nous le savons depuis le livre de la Genèse quand Dieu fait l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance. L’image de Dieu, c’est l’humain, c’est le visage par excellence de son Fils, Jésus. Mais cette image de Dieu dans l’humain n’est pas neutre : elle n’est pas l’expression de la domination exercée par la violence ; elle n’est pas l’image de l’empereur César. Elle est à l’opposé l’image de Jésus et de tout homme qui vit dans ses relations le respect, l’amour, la tendresse, le pardon. Cet homme et cette femme ont le visage de Jésus et la légende de leur vie est celle des Béatitudes : ils sont pauvres et purs de cœur, ils sont faiseurs de paix, passionnés de justice et ne rendent pas le mal pour le mal. Ils sont hommes et femmes de louange et de bénédiction.

Votre pasteur, l’abbé Pascal