Bulletin du dimanche 27 septembre 2026

Les lectures de ce dimanche sont à la fois encourageantes et sévères en ce qui concerne la conduite du chrétien. Encourageantes parce qu’elles donnent une seconde chance au pécheur ou au contrariant ; sévères parce qu’elles nous apprennent que, dans le Royaume de Dieu, il n’y a pas de droits acquis.

Les deux fils de la parabole sont aisément identifiables. Dans le contexte historique des évangiles, le premier représente le clergé d’Israël, lui-même représentant tous ceux qui ont adhéré formellement à la Parole de Dieu ; tandis que le second désigne ces « publicains et prostituées » comme dit la parabole, c’est-à-dire tous ceux qui, par leur manière de vivre, ont répondu « non » à l’appel de la Parole, mais qui, interpellés à un moment ou à un autre par un Jean-Baptiste, ont changé leur vie.

Ces personnages étant représentatifs d’une attitude, ils sont transposables (faits pour être transposés) à d’autres niveaux. Ainsi ils peuvent désigner les peuples païens qui avaient d’abord refusé la Parole de Dieu, mais qui s’y ouvrent par après ; tandis que le second fils représenterait alors l’ensemble du judaïsme de l’époque qui avait fait alliance avec le Dieu du Sinaï, mais qui a eu un comportement indigne de cet engagement. On pourrait, de la même manière, transposer dans nos situations contemporaines, non pas pour juger les uns et les autres, mais pour nous convaincre chacun personnellement qu’il ne suffit pas de dire « Seigneur, Seigneur » pour entrer dans le Royaume des cieux et que, par ailleurs, quels qu’aient été nos égarements et dénégations, il y a toujours moyen de revenir.

La situation évoquée par Ezéchiel ne vise pas la contradiction entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, mais bien le changement d’attitude. Le jugement est sévère pour celui qui aurait vécu toute sa vie dans la justice, mais qui aurait failli au dernier moment. Autrement dit, faire partie du Peuple Élu (être dûment baptisé), après avoir eu tout un temps une vie vertueuse, ne donne pas de droits acquis pour le Salut. Encourageant cependant, le fait que toute conversion sincère permet d’effacer le passé et de repartir à zéro. Étrange en effet, car la conception courante avant Ezéchiel était bien que le Salut fût un droit statutaire du peuple hébreu du fait qu’il avait, un jour, accepté formellement l’Alliance. Près de mille ans après l’Alliance proprement dite, Ezéchiel remet cela en question et défend la thèse de la responsabilité individuelle et de la réversibilité du Salut. Ce faisant, Ezéchiel donne une plus grande place au pardon et ouvre la porte à la conversion personnelle. Le christianisme va entièrement faire sienne cette tradition prophétique particulière et tardive dans le judaïsme. Le chrétien se trouve ainsi dans une position inconfortable, mais très dynamisante d’un Salut jamais acquis une fois pour toutes ni par une simple déclaration, mais qui doit toujours se vérifier dans les actes et pourrait à tout moment être remise en question.

C’est pourquoi aussi, comme l’explique l’épître, le chrétien ne peut rester seul. La responsabilité est personnelle, l’appartenance à l’Église ne suffit pas, mais l’Église, la communauté, doit être là pour aider chacun dans la voie exigeante d’une vie qui soit un « oui » à l’invitation du Christ, dans les actes et non seulement dans les paroles. La communauté ecclésiale doit être ce lieu où l’on se réconforte les uns les autres, où l’on s’encourage dans l’amour, où l’on reste en communion avec l’Esprit.

Votre pasteur, l’abbé Pascal